Doyenné de Ciney

« Fonder l’Eglise dans le coeur des gens ». Rencontre avec Mgr Vancottem, notre évêque

mardi 25 août 2015 par Doyenné de Ciney

Voici l’interview intégrale de Monseigneur Rémy Vancottem parue dans notre journal paroissial « le Grain Nouveau » N°7 de juillet 2015.

1) Pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas particulièrement, pouvez-vous retracer votre parcours avant d’être évêque ?

Je vous dirais d’emblée que je n’ai pas désiré être évêque, mais que j’ai désiré devenir prêtre ! Voici comment…
Lors de la retraite de profession de foi ( j’avais 12 ans ) à l’abbaye de Bois Seigneur Isaac ( j’habitais le Brabant wallon ) le prêtre a dit cette parole de l’Ecriture sainte : « Si tu veux, suis-moi ! ». j’ai pensé alors qu’il me parlait, à moi personnellement ; mais je n’en ai rien dit à personne !
A 16 ans, j’ai confié cela à un prêtre ; celui-ci m’a dit : « Rémy, ça vient peut-être de Dieu ! On va apprendre à prier, à lire les Evangiles ( qui est une parole actuelle, de la part du Seigneur, et qu’il faut décrypter ). Il faut aussi que tu t’engages : choisis dans quoi et puis tu viens me le dire ».
J’ai eu l’occasion alors, près de l’école normale où j’étudiais, de rencontrer des gens fragilisés, dans le quartier des Marolles à Bruxelles. J’ai grandi avec tout cela dans mon cœur.
Après ma formation d’enseignant, j’ai décidé d’entrer au séminaire. Mais j’ai d’abord averti mes parents, qui furent bien étonnés de mon désir, mais qui m’ont dit : « si tel est ton souhait, nous serons heureux de te savoir heureux dans cette voie ! ».
Je fus donc ordonné prêtre le 27 juin 1969.
Le cardinal Suenens m’a alors demandé de poursuivre des études et me spécialiser dans les relations humaines. Pendant 5 ans, j’ai donc suivi des études en psychologie clinique. Après un stage à Paris, dont je suis revenu en 1975, le cardinal m’a confié l’accompagnement spirituel des séminaristes, ainsi que la formation de laïcs et la formation continuée des prêtres : j’étais donc formateur, moi qui n’avais que 31 ans !
Cela a duré environ 7 ans, et un jour, Mgr Danneels me téléphone, disant qu’il voulait me voir le soir même dans son bureau. Je me demandais ce qu’il me voulait !
« Assieds-toi, me dit-il ; veux-tu devenir évêque dans notre diocèse ? »
« Monseigneur, je suis trop jeune, je n’ai pas suffisamment d’expérience ! »
« Dis d’abord oui, on verra les objections après ! »
« Il te faut choisir une devise : quelle est la parole d’évangile qui te vient spontanément en tête ? »
« Afin que votre joie soit plénière » ai-je répondu. C’est devenu ma devise !
C’est ainsi que, le 21 mars 1982, je suis devenu le premier évêque du Brabant wallon, puisque l’Eglise me le demandait !
Ce fut une tâche passionnante : il fallait tout construire dans ce diocèse qui n’existait pas auparavant.
A la retraite du cardinal, ce ne fut plus alors une surprise d’être appelé à Namur, où la place était laissée vacante suite au départ de Mgr Léonard à Malines-Bruxelles. Cela fait 5 ans que je suis l’évêque de notre diocèse de Namur-Luxembourg.

2) Etre évêque, qu’est-ce que cela représente ?

On ne peut parler du rôle de l’évêque sans évoquer le rôle des apôtres, la mission que Jésus a confiée aux apôtres, et qui se perpétue sans discontinuer depuis 2000 ans. Cette mission, c’est de fonder l’Eglise sur la parole de Jésus.
Par quels voies et moyens rejoindre les gens d’aujourd’hui pour faire cela : telle est la question, à chaque époque.
Mais l’évêque n’est pas seul : il est serviteur du peuple de Dieu avec les prêtres ( le presbyterium ) autour de lui – il n’y a pas d’évêque sans ses prêtres, tout comme il n’y a pas de prêtre sans son évêque –
En arrivant à Namur, il y avait environ 500 prêtres à découvrir, ainsi que des diacres, des assistants paroissiaux…pas simple !
Mais vous savez, l’étymologie de mon prénom : Rémy veut dire « rameur » alors, oui, j’ai ramé pas mal.
Maintenant, je suis tout le temps « sur le terrain ». J’ai découvert comment être Eglise dans ce monde sécularisé. Je visite les paroisses et les communautés et je peux ainsi appréhender les différentes réalités de notre grand diocèse.
De par ma formation, j’accorde une très grande importance aux relations humaines, et j’essaye d’y mettre le regard du Christ. Je rencontre beaucoup de gens disponibles, ouverts. Je passe beaucoup de temps à conforter mes frères et sœurs dans la foi et dans la mission. Nous avons un bon séminaire ici à Namur ( 21 séminaristes pour l’instant ; 7 nouveaux prêtres ont été ordonnés l’an dernier ) il sert aussi à la formation continuée des prêtres ; pour lesquels des retraites à Orval et à Beauraing, sont organisées régulièrement. Nous portons une grande attention à l’accompagnement des jeunes prêtres par : des rencontres régulières, des voyages, par exemples en Israël, à Rome, à Ars pour les plus récents… c’est le « vivre ensemble – vivre avec » qui importe.
Un grand moment pour l’évêque est la messe chrismale ( le mercredi saint ) qui voit se rassembler tous les prêtres du diocèse autour de lui : partage d’idées, de projets, de difficultés… un tissu se crée.
Un souci constant porte également sur la dimension catéchuménale. Heureusement, nos communautés génèrent de nouveaux chrétiens ( 20 baptêmes d’adultes l’an dernier, dont 2 en prison ). J’ai rencontré dernièrement une trentaine de confirmands adultes, lors d’une veillée de prière de la neuvaine précédant la Pentecôte ; ce fut aussi un moment très émouvant d’entendre ces gens, d’origines très diverses, et qui partagent leurs expériences très fortes de conversion.
Fonder l’Eglise dans le cœur des gens : là on se sent vraiment évêque.
Nous avons la chance d’abriter le sanctuaire marial de Beauraing, dans notre diocèse : il est très important de le soutenir ; beaucoup de gens viennent y prier, même des pays voisins. Une équipe remarquable en assure le rayonnement.
Un des points forts, c’est encore la présence des abbayes ( Orval, Rochefort, Leffe, Maredsous ) et des communautés nouvelles de jeunes ( Marie-Jeunesse, Fraternité de Tibériade, Beer Sheba… ) ce sont des pôles de rayonnement extraordinaires. Sans oublier les diverses réalités locales, issues de la tradition et l’on vénère les saints et saintes ( autour d’une source, par exemple ) : il faut évangéliser cela et ancrer ces coutumes dans la réalité évangélique de notre temps.
Une très belle chose encore, ce sont les pèlerinages namurois : à Lourdes, en septembre dernier, nous étions 1300 personnes de notre diocèse : ce sont des moments forts et remarquables !

3) Etre évêque du diocèse de N – L, qu’est-ce que cela représente ?

Par rapport à ce que j’ai connu dans le BW, c’est la différence de grandeur ; là où l’un était concentré sur une très petite superficie, densément peuplée, celui-ci représente 26 % du territoire belge, avec 742 paroisses, 30 doyennés. Mon évêché, c’est ma voiture !
Je ne vais plus vers le nord, mais presque toujours vers le sud ( je dois d’ailleurs faire attention au gibier, lors des retours nocturnes ! ). Cela me permet d’apprécier la beauté de la nature. Nous avons deux belles provinces et Namur est une ville agréable, conviviale, internationale aussi : dernièrement, lors d’une veillée de prières à la cathédrale, le Notre Père a été récité en 30 langues différentes : que de rencontres pour des gens venus d’horizons bien différents !
Je n’arrête pas de découvrir la diversité des régions : que de différences, pas seulement géographiques, entre la Basse-Sambre et la Gaume, entre la Hesbaye et l’Ardenne ! Que de sous-cultures différentes !
Mais j’aime rencontrer les gens dans la réalité de leur vécu au quotidien.

4) Vous avez souhaité consacré cette année, année de la diaconie, pourquoi ?

La diaconie, qu’on appelait autrefois service, était un à côté de l’Eglise. Or, elle doit être présente au cœur même des communautés, elle est accueil à l’autre.
Elle est à la fois source et fruit de l’évangélisation.
L’idée m’est venue lors d’un voyage en Chine, en 2008. Dans la région immense de la Mandchourie, évangélisée au XIXe siècle, je rencontrais un évêque ayant passé 27 ans en prison ( on ne mesure jamais assez la liberté dont nous jouissons ici ) et à qui je demandais s’ils accueillaient encore de nouveaux chrétiens aujourd’hui.
Enormément, me répondait-il, et cela grâce aux religieuses ( plus de 6000 dans son diocèse, pour 1900 nouveaux prêtres ). Devant mon étonnement, il m’expliqua que, ne pouvant enseigner, ces religieuses se mettent au service de tous, particulièrement des plus pauvres et des plus démunis. Par l’humble service et en les écoutant, en leur parlant, les gens sont touchés de tant de compassion et souhaitent très souvent savoir quel est « le moteur » de tout cela. Elles peuvent alors parler de Jésus et de son message évangélique. Celui-ci n’est donc pas le but de leur action, mais la conséquence, le fruit.
Merveilleuse action de cette Eglise de Chine !
En effet, l’Eglise doit être dans une dimension de service pour les fragilisés d’aujourd’hui.
Le Seigneur fait son œuvre dans cette diaconie où chaque chrétien a son rôle à jouer, même si on n’est pas « un pilier d’église ». Car le Christ a été le premier serviteur. Le Bon Samaritain, c’est le Christ.
« L’Eglise est comme un hôpital de campagne après la bataille » ( pape François )
La diaconie, c’est se mettre au service de l’autre, gratuitement, sans rien attendre en retour. Toutefois, on constate que, bien souvent, des gens sont touchés par ce sens du service et cherchent à en connaître la source.
La diaconie à la manière de Jésus, cela fait l’unanimité.
Nous avons mis en place un nouveau vicariat : art-culture et foi : on y touche le cœur des gens, qui sont touchés par la beauté. Que de trésors renferment nos églises et lieux de cultes !
« Dieu est la beauté des beautés » disait saint Augustin.
La beauté et le service transcendent la diaconie. Cette diaconie est ancienne, mais le regard est nouveau. Notre patrimoine est exceptionnel, à mettre en valeur ; il est aussi évangélisateur. En effet, la diaconie s’était éloignée du centre de l’évangélisation.
Il faut des personnes et des communautés qui portent la joie de Dieu ; il faut rejoindre les personnes dans leur cœur profond, voir leurs attentes, pour une dynamique de la diaconie.

5) La pratique religieuse diminue sensiblement chaque année ; notre temps serait-il donc moins spirituel ?

Il ne faut pas s’obnubiler du comptage des messes dominicales ; continuons à être vrais dans nos démarches. Je ne suis pas nostalgique du temps passé où les églises étaient remplies ( mais avec quelle qualité de recueillement chez tous les fidèles ? ) Il faut s’abandonner à l’action pour l’aujourd’hui de Dieu. La question est de chercher comment organiser des célébrations qui portent la foi des gens. Ce sont des processus en cours ; il faut arrondir les angles, évoluer avec notre temps, trouver des voies et moyens nouveaux… La liturgie, c’est la mise en œuvre du message de Jésus-christ.
La culture d’aujourd’hui a beaucoup de difficulté avec la régularité des dimanches : les métiers très prenants, le repos bien nécessaire dans la vie trépidante de maintenant, la voiture qui permet de sortir de son environnement habituel… il faut comprendre nos concitoyens.
Les gens sont mobilisables si on crée un évènement ; notre culture fonctionne par invitation. On ne peut pas rester dans la rigidité du passé, mais sans céder sur l’essentiel, à savoir : la prière, l’engagement, la qualité de la liturgie.
Ceux qui viennent en pèlerinage à Beauraing ou ailleurs, dans des sites moins connus, c’est très beau aussi.

6) Un message à nos lecteurs cinaciens ?

Je suis très heureux de découvrir votre journal, qui touche tout le monde et qui donne un sens au message évangélique. C’est un média qui est beau, qui donne envie de le lire, qui met l’Evangile au centre des préoccupations. Nous chrétiens devons être beaux pour être contagieux !
Il est important que les églises soient des maisons de prière. La prière est importante car on sait que la mission de l’Eglise est portée par le Seigneur : on ne doit pas se reposer sur nos propres forces, on ne doit pas tout faire, il faut s’abandonner à la grâce de Dieu !

7) Questions insolites :

*en dehors de votre charge ecclésiale, quelles sont vos passions ?

J’aime beaucoup la nature, le jardinage, le travail de la terre. Malheureusement, je n’ai plus le temps de cultiver un parterre de légumes ; mais j’aime me promener dans le parc de l’évêché avec un sécateur en main…
J’apprécie énormément les ballades en forêt, dans la nature ; pas seul, mais avec une ou deux personnes, et pouvoir parler en profondeur avec quelqu’un. Tout l’art de vivre, c’est de varier les missions. On se repose d’une mission en exerçant une autre. Rencontrer des gens, c’est mon rôle, mais aussi ma détente et ma passion !

*avez-vous déjà rencontré le pape François ; son style et son message plaisent à beaucoup de gens ?

Oui, j’étais si heureux de l’avoir rencontré. Il est un souffle nouveau pour l’Eglise, pour le monde. Il redonne du crédit à notre Eglise. Et son sourire si chaleureux…

Propos recueillis par Jacques Massart.

Grain Nouveau N°7 - Juillet, août & septembre 2015


Portfolio

Monseigneur Rémy Vancottem- (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem- (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem- (Photo Yves Teplooukhoof) Chez Monseigneur Rémy Vancottem- (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem et Jacques Massart - (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem et Jacques Massart - (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem et l'année de la Diaconie - (Photo Yves (...) Monseigneur Rémy Vancottem regarde le Grain Nouveau - (Photo Yves (...) Monseigneur Rémy Vancottem et le Pape François - (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem et le Pape François - (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem - (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem - (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem - Gravure du Pape Jean-Paul II (Photo Yves (...) Monseigneur Rémy Vancottem - (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem et Jacques Massart - (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem et Jacques Massart - (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem - (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem et sa passion « le jardinage » - (Photo Yves (...) Monseigneur Rémy Vancottem - (Photo Yves Teplooukhoof) Monseigneur Rémy Vancottem et sa devise - (Photo Yves Teplooukhoof) La devise de Monseigneur Rémy Vancottem et sa devise - (Photo Yves (...)
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