Doyenné de Ciney

Joseph Hautot : « N’oublions pas leur sacrifice... »

samedi 4 octobre 2014 par Doyenné de Ciney

Voici l’interview intégrale de Joseph Hautot parue dans notre journal paroissial « le Grain Nouveau » N°4 de octobre 2014.

Rencontre avec Joseph Hautot, né en 1921

Résistant armé et engagé volontaire, pendant la seconde guerre mondiale : toujours présent lors des manifestations patriotiques, avec son calot du 16e bataillon et son brassard de l’AS.
En cette année de commémoration du premier conflit mondial, il nous est apparu important de donner la parole à quelqu’un qui a vécu « de l’intérieur » des temps troublés et dramatiques…

Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

J’étais en pension à Dinant. Le 10 mai 1940, le principal du collège nous a annoncé le début de la guerre et a demandé de retourner chez nous par nos propres moyens. Qu’allions-nous devenir ? Moi, j’étais marqué par une photo de la rue Sax en feu, lors de la guerre de 14 !
De retour dans mon village de Mesnil/Eglise, le garde-champêtre nous a transmis un avis officiel imposant à tous les hommes de 16 à 35 ans non soumis à la mobilisation, de se rendre au Centre de Recrutement de l’armée belge à Erquelinnes ; se munir d’une couverture et de la nourriture pour 24 h !
Nous étions des milliers de jeunes, à devoir tirer notre plan : les communications ferroviaires étaient compliquées à cause des bombardements ; beaucoup de réfugiés encombraient les routes : c’était le chaos !
Le 6 septembre, retour à Bruxelles, et j’ai repris des études de géomètre.
En 1943, j’ai été appelé par les allemands, pour travailler à leur service : je suis vite rentré chez moi, refusant ce « werkbestell ».
C’est alors que le vicaire de Houyet me proposa d’entrer dans la résistance, à ses côtés. « Trop dangereux ! » a dit mon père. Mais j’avais déjà pris ma décision.
Je me souviens que, le 3 septembre 44, jour de la libération de Bruxelles, nous avons tendu une embuscade à un convoi allemand. Bilan : 33 ennemis tués, dont un général et 2 officiers ; pas un blessé dans nos rangs !
Une messe d’action de grâce est célébrée chaque 1er samedi de septembre, au mémorial de Jannée, là où eurent lieu de terribles combats. Une stèle apposée là, rappelle l’héroïsme des résistants : « Cette terre a bu leur sang – Ces pierres ont vu leur combat ».
Le 18 janvier 1945, je me suis engagé comme volontaire de guerre. Avec les américains, nous avons combattu à Remagen, dans la région de Munich, faisant des prisonniers en grand nombre ; avec une dizaine d’autres volontaires, nous avons aidé à la libération du camp de Buchenwald…

Et après la guerre ?

De retour en Belgique, j’ai suivi l’école d’officier, mais j’ai été dégoûté de l’armée par la corruption qui y régnait. Je suis alors entré à l’Etat et puis je me suis marié, avec une fille de mon village : nous avons eu 3 enfants, 8 petits-enfants, et 7 arrières…

Le fait d’être chrétien, d’avoir la foi : cela vous a-t-il aidé à traverser ces épreuves ?

Oui, certainement. L’aumônier présent avec nous au Bois des Tailles, nous aidait beaucoup dans ces actions de résistance, où la peur nous accompagnait chaque jour.
Bien plus tard, lors de la guerre du Golfe, en 1991, on avait demandé dans les églises de prier pour la paix : ce que nous avons fait souvent avec mon épouse.
Maintenant que je suis seul, je continue de prier pour la paix et je récite mon chapelet tous les jours.

Quel message voudriez-vous laisser aux jeunes ?

Je suis toujours très heureux d’aller parler dans les écoles et de voir des jeunes lors des cérémonies patriotiques. Car il est important de ne pas oublier le sacrifice de ceux qui ont donné leur vie pour que nous vivions dans un monde libre.
Il est nécessaire aussi que la relève des anciens comme moi, soit assurée !

Quels sentiments vous habitent aujourd’hui ?

Moi, j’ai eu de la chance de m’en sortir ; mais je garde de la rancœur au fond de moi, envers les nazis : quand je pense aux jeunes gens massacrés à Bande, à tous ceux qui ont souffert dans les camps, dans les chambres à gaz… J’y pense souvent avant de m’endormir ; le souvenir reste difficile.

Propos recueillis par J. Massart
le 17 février 2014


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Joseph Hautot - (Photo : Yves Teplooukhoff) Joseph Hautot - (Photo : Yves Teplooukhoff) Joseph Hautot - (Photo : Yves Teplooukhoff)
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